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Soleimani, mort pour Trump

Nous avions écrit dans notre récent roman (Combat pour l’Hémisphère Nord) que les États-Unis finiraient, en contrepoint de l’effondrement soviétique, par imploser à leur tour vers 2035, mettant fin ainsi à plus de 250 années de stabilité constitutionnelle. Pour ensuite renaître en une principauté dirigée par une secte initiatique musulmane : les Qarmates.

Au vu de ce que nous constatons depuis l’élection de Donald Trump, cette assertion pourrait, de romanesque, devenir prémonitoire.

Jusqu’à Trump, les politiciens américains revêtaient le costume de la république ordre-des-siècles, refuge de la Raison universelle, et gestionnaire de la « Volonté générale » de l’humanité, quitte à ce que cette dernière ne s’impose par le sabre à la volonté populaire. Les États-Unis ont donc été la première et la plus ancienne république idéologique au monde, précédant la française, réplique défectueuse, et bien avant celle du défunt soviétisme, prodige qui ne sut pas survivre de sa scission entre trotskisme et stalinisme.

Caprice de l’histoire, l’écosystème fermé du stalinisme s’est transposé au sein de l’empire chinois, cependant que le système ouvert du trotskisme s’est emparé du capitalisme américain, stade ultime du marxisme universel. Un marxisme moderne, dirigé par une oligo-techno-ploutocratie qui voit dans la population mondiale de simples facteurs économiques, interchangeables, contrôlés par les machines à désir du système.

Berthold Brecht l’avait prédit, quand le peuple a démérité du pouvoir, il faut le changer, ce qui a été le cas à plusieurs reprises depuis plus d’un siècle. Mais, catastrophe à Washington, voici surgir un olibrius qui ne croit pas au dépérissement de l’État, ni à celui du peuple, qui voit le monde comme une compétition brutale entre différents espaces économiques, entre différents pôles de croissance, et qui ajoute à sa panoplie de la puissance la méthode de l’autarcie économique. Pire encore, il voit l’organisation de l’État avec l’œil de celui qui a déjà fait faillite de nombreuses fois, un État lui-même au bord de la faillite, géré par une caste permanente œuvrant au service des intérêts de la super-classe mondiale.

Son mot d’ordre « drain the swamp » ainsi suffit à lui seul à faire comprendre que Trump représente un danger existentiel pour le « marécage », tant structurellement (réforme de l’État « profond » espérée) que politiquement : l’État se doit de favoriser le « peuple » et non pas servir de société de mercenaires à contrat pour le compte d’un club de lobbies agissant en conseil d’administration de la planète, transformant les autres pays en simples filiales, cependant que les « politiciens » font semblant d’y faire de la politique, tout en prêchant aux petites gens que le déclin est inéluctable, qu’il s’inscrit dans le sens de l’histoire. C’est ce que Abellio nommait dès 1950 « la glorification de l’échec », faute de mieux.

Il n’est donc pas étonnant que l’hostilité à l’encontre de Trump soit « totale », couvrant ses faits, ses gestes, ses mots. Car Trump rompt avec le messianisme américain qui sert de prétexte à la super-classe mondiale pour user de l’État et du patriotisme américain à des fins privées. Dans Combat pour l’Hémisphère Nord, ce messianisme est instrumenté par les « Archontes », allégorie des « néoconservateurs » post-reaganiens qui ont pris depuis une génération le contrôle des deux partis, du Congrès, de la presse, de la justice, comme des présidences successives, sans oublier des « institutions » européennes et internationales.

Nous assistons donc à un combat total et mythologique entre Trump, le malin brut de décoffrage, inculte, libre, aveugle aux « rhinocéros » de Ionesco, instinctif phénix qui renaît constamment de ses cendres, et l’hydre néoconservatrice dont les têtes repoussent inlassablement afin que vive la guerre permanente. Ce combat dure depuis trois ans. Trump, par lâcheté, tactique, duplicité, ou incompétence, n’est pas encore parvenu à échapper à l’hydre, qui aujourd’hui lui impose d’échanger sa survie politique au Sénat, tribunal de l’impeachment en cours, en échange de bombardements (Proche Orient) et sanctions (Europe) préalables aux changements de régimes voulus par la super-classe pour l’année 2020.

Telle est la raison de la vraie-fausse procédure d’impeachment (destitution de Trump) au sujet de l’Ukraine, lancée l’été dernier par des éléments de la communauté du renseignement qui ont modifié les règles sur les lanceurs d’alerte afin de faciliter le traitement d’une plainte de seconde main (donc impossible à tracer) rédigée au préalable par un obscur bureaucrate avec le concours du président de l’Intelligence Committee de la Chambre, organe désigné ensuite pour lancer la procédure d’impeachment.  Trump, en limogeant en septembre le faucon John Bolton non sans avoir annulé un bombardement de l’Iran, venait de provoquer l’hydre qui le rembourse au centuple en un impeachment aux parfums gaziers.

Contrairement à ce que pensent les naïfs, il ne s’agit donc pas d’une bataille droite-gauche, mais d’une lutte des classes qui divise chacun des deux partis entre ceux qui savent, possèdent, et dirigent, et les idiots utiles. Mais, précisément à cause de cela, il n’est paradoxalement pas à exclure que le pays s’échappe du nouvel ordre des siècles et implose. Via deux scénarios intermédiaires possibles résultant d’un saut qualitatif démographique et culturel : péroniste et castriste.

Mais ceci est une autre histoire, que nous raconterons bientôt. En attendant l’assassinat de Soleimani est là pour nous rappeler qu’un Sarajevo peut en remplacer un autre, le long d’une fracture courant de Bagdad à la mer Baltique.

(crédit photo: Associated Press)

 

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