Accueil Hémisphère Nord « Nous ne sommes pas ici pour fléchir, mais pour faire “basculer” le monde »

« Nous ne sommes pas ici pour fléchir, mais pour faire “basculer” le monde »

(Combat pour l’Hémisphère Nord – Extraits)

Lhassa, Tibet

Le Dalaï Lama attend la visite de ce jeune bouddhiste de Harvard qui dirige l’un des « think-tanks » les plus prestigieux de la côte est des États-Unis.

Le jeune homme a connu un brillant parcours : conseiller du Département d’État, démiurge électoral de nombreux politiciens américains, israéliens, sud-américains et asiatiques, il a compris que, dans le monde de demain, le Tibet représente un atout non seulement spirituel mais géostratégique. Le Tibet n’at- il pas été dans le passé le coeur d’un vaste empire couvrant une majeure partie de l’Asie centrale et de la Chine, disposant d’un débouché maritime dans le golfe du Bengale ? Le Tibet, qui fut un allié du califat Abbasside et des khanats Turcs ? Le Tibet, qui fit trembler la Dynastie Chinoise des Tangs ? Le Tibet, dont les rois ont un accès direct avec le Ciel ?

Aujourd’hui le Saint Homme a senti la terre trembler. La grande fracture va-t-elle se rouvrir après un si long sommeil ? Il attend le jeune bouddhiste de Harvard. Avec lui, viendront Carson et Sybille de Monvoisin, la « pilleuse d’épaves ». Ils remettront à Sa Sainteté, Gourou des Océans, le message d’Atalanta et d’Alessandro. Présent également, Liou ZhaÏ Fei, le drôle de petit homme jaune de Shanghai, et futur Protecteur de la Nouvelle Chine. La contre-attaque se mettra en branle. Pour l’heure, le Chinois attend dans un bureau voisin. En ses mains, le Tao-Té-King de Lao-Tseu, dont il se remémore par cœur le quinzième chapitre :

« Les Maîtres de l’antiquité étaient libres et voyants. Dans l’immensité des forces de leur esprit, le “moi” n’existait pas encore. Et cette spontanéité de la force intérieure donnait de la grandeur à leur aspect. Ils étaient prudents comme celui qui passe à gué un torrent hivernal, vigilants comme celui qui sait que l’ennemi l’entoure, insaisissables comme la glace qui fond, rudes comme le bois dégrossi, vastes comme les grandes villes, impénétrables comme l’eau trouble. En eux était le Tao. C’étaient des individus maîtres du Moi, et leur non-agir se résolvait en perfection. Qui pourrait, aujourd’hui, par la grandeur de sa propre vie, ranimer la mort intérieure ? »

Quelle était donc cette phrase de l’Italien qui répondait au nom d’Alessandro Della Rocca ? Il cherche. Il trouve : « Lorsque le sourire de Staline recouvrira celui du Bouddha Tibétain, alors le monde approchera de sa fin ! » Oui, la contre-attaque va se mettre en branle. Et le Tibet redeviendra la Chine. Et plus encore.

Arrive enfin le jeune bouddhiste de Harvard. La campagne internationale pour le Tibet est désormais sur les fonds baptismaux. Ce ne sera que plus tard que le jeune bouddhiste de Harvard lancera son fonds d’investissement, et créera le plus grand laboratoire au monde contre le bioterrorisme.

[…]

Ketmân, quatrième aube

Le Mahdi reste silence. Il y a longtemps qu’il a délaissé la grande route de la shariya, dimension extérieure et chemin qui mène à la source de l’eau, se hissant au contraire sur les contreforts de la haqîqah, vérité essentielle, vision intérieure le conduisant à al-baqâ, le nombril de la vérité du dedans. Conjonction des moyens et de la fin, il s’est toujours voulu le Taçawwuf de l’immanence, choisissant la dimension intérieure. Mais jusqu’à présent cela restait son secret, son sirr entre lui et Dieu. Voilà maintenant qu’il doute, confronté à ces étrangers conduits par une femme aux allures de prêtresse. Il doute, accroché désespérément à la chaîne de son initiation, sisilah sans fin.

[…]

Atalanta réplique : « Seule vaut l’action sans désir, le mishkâma karma. Aucun être ne pourra entraver le retour à l’État Primordial, car seul l’homme absolument simple fléchit tous les êtres, tout comme l’occident ne cesse de circuler sans cesse autour de la terre; et les temps sont maintenant mûrs pour que l’occident abandonne l’Ouest !. »

Le scrutant intensément, elle affirme simplement : « Nous ne sommes pas ici pour fléchir, mais pour faire “basculer” le monde. »

« On ne peut faire basculer le Alif », s’insurge-t-il.

Elle précise : « Dieu n’a pas créé le monde avec le Alif. La première lettre de l’alphabet, axe vertical de l’univers, n’est que l’outil du maçon, le poinçon, mieux encore le crayon, Seul le Bâ, la deuxième lettre et matrice horizontale, peut enfanter le monde et arbitrer entre la dualité polaire. Le Bâ est donc le ventre de tous les mondes, anciens et futurs, mais cela, dois-je vraiment vous l’affirmer ? »

Il se tait, boudeur. Puis se lance dans un solitaire murmure : « Bâ, l’esprit total de notre existence, en-Nur, la lumière de l’ange créateur. »

Pressentant une ouverture, s’enrichissant de l’encouragement muet d’Alessandro, Atalanta avance un pion : « C’est sur la superposition du Alif et du Bâ que tous les mondes renonceront à l’opacité de leur première naissance, et renaîtront, irradiés de la lumière de Al-Aïsh Al-Muhît, le trône de toutes les gloires. Une nouvelle élévation de la Croix s’offre à nous maintenant. Un noyau de martyrs suffit pour enfanter un nouveau monde. »

« Croyez-vous vraiment ? » Le Mahdi ne prolonge cependant pas sa pensée. Il a besoin de computer les paramètres de sa décision, questionner son intuition, donner libre cours à son imagination.

(photo: Nicholas Roerich)

– Fnac
– Decitre
– Cultura

 

Consulter aussi

Combat pour l’Hémisphère Nord: Çubuklu (Turquie), Memphis (Tennessee), Transsibérien

Çubuklu, Turquie Le vapeur parcourt prudemment le Bosphore en direction de la mer de Marmara, …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

The cookie settings on this website are set to "allow cookies" to give you the best browsing experience possible. If you continue to use this website without changing your cookie settings or you click "Accept" below then you are consenting to this.

Close