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Combat Pour l’Hémisphère Nord: Prologue (Moscou, Interrègne)

« Il vous faudra plusieurs rotations du soleil pour atteindre l’oasis de Ketmân et son XXIe siècle. Vous êtes pour l’instant à Moscou, quelque part à la fin du cycle du bonheur, tandis qu’agonise l’URSS. Vous vous sentez libre, glissant sur le temps, mais dans l’opacité de ce petit bonheur qui vous enveloppe, sans rêves ni patries, quelque chose vous dit que les dealers de la pensée captive vous autorisent à avoir du ventre mais pas d’estomac. Vous ne voyez pas l’homme hâtivement descendre de sa Zil et se diriger vers l’entrée de la gare. La construction l’assimile, l’enveloppant des odeurs de sueur et de vodka subventionnée. Quelques miliciens étiques se traînent, ne devant allure humaine qu’à leur Kalachnikov. Il quitte le grand hall et atteint les quais fatigués. Les petits trafiquants Tchéchènes sont aux aguets. Il avance d’un pas ferme, le visage empreint d’une grande lassitude. Devant lui, la foule se fend. Mais il vous est toujours invisible. Ce n’est pas grave. C’est encore trop tôt.

Il est grand, cheveux d’argent. Dans le wagon « classe confort » il s’installe, muni d’une simple sacoche. Vers le Levant, Soleil Levant, il va se rendre. Et vous aussi.

J’ai comploté avec Atalanta. Je sais, en cette aube tremblante du nouveau siècle, que les Archontes ont déjà gagné, ce qui les mènera immanquablement à leur perte. Je me promène, hagard, parmi les ombres méphitiques des nations égarées. J’observe un monde de nains qui se veulent des titans. Où Saturne, effréné, dévore ses enfants. Je vois les bateleurs qui se fuient eux-mêmes dans la vaniteuse abjection des cupidités futiles.

Tandis que je m’élève dans cette troisième dimension du désespoir actif, des bribes de liberté se recomposent peu à peu qui m’apportent sérénité et appétit. J’ai faim de lumière et de chaleur, et je n’oublie pas le Dragon dont j’ai semé les dents qui me furent remises à Elefsya. Je sais maintenant, que les contraires ne s’affrontent qu’en apparence, et j’ai choisi Lucifer car il peut seul prétendre à la couronne solaire de Novgorod. Paria j’étais, traître à mon destin, ne rêvant pourtant que d’ordre et d’immanence.

Je me nomme Nikolaï.

La cause de cette histoire n’est pas dans son objet, car vous en êtes les protagonistes; il ne tiendra qu’à vous de la réaliser sans en devenir la victime. Mais le temps vous manque, c’est même ce qui vous manque le plus. Cependant que Kronos est suivi de Kairos, son petit frère, lequel vous ouvrira la route des opportunités. Pourtant je vois bien que vous vous obstinez à ne pas me croire, à l’instar cet homme aux tempes grises qui va partir pour Vladivostok. Je ne lui ai rien caché, je lui ai tout dit, et je vous dirai tout.

Bien avant la montée de cet homme dans un train au départ de Moscou, vous étiez là, dans cette foule hystérique et composite de Manhattan, lorsque Selwyn arpentait Church street en direction du World Trade Center, mais vous ne le vîtes point. Vous étiez peut-être aussi ce milicien d’un Empire décomposé devant qui passait l’homme aux cheveux d’argent qui montait dans le wagon de luxe du transsibérien. Mais vous ne saviez pas. A moins que vous ne fussiez Dumans, ce dérisoire mercenaire de l’économie marchande, assis près des murailles de Thémistocle, égaré dans une Grèce aux dieux décapités. Et puis il y avait aussi Apreval (qui préférait la liberté à la démocratie), Giancarlo qui sentait avant tout autre les vibrations du mystère, et Vladimir qui se jouait de Wall Street, et puis Anatoli, dont on ne sût jamais s’il venait vraiment d’Asie. Sans oublier Jorge l’invraisemblable cubain, le tchèque Lubomir et ses moustaches grises, ni encore Massoud ou Kathy, qui n’étaient là que pour apporter la salutaire confusion de l’esprit qui se reconstruit.

Je pense que vous étiez l’un ou l’une d’entre eux, à l’exclusion peut-être d’Alessandro et d’Atalanta, si difficiles à incorporer en votre obscurité, celle qui fut aussi la mienne. Je vous donne la clé du temple. Je décline toute responsabilité. Ouvrez sereinement les yeux ! La clé vous servira si vous acceptez de vous prendre en main pendant que je raconterai votre histoire qui n’est déjà plus la mienne. Parce que le monde va trembler sur ses bases. Parce que j’ai un rendez-vous pressant au sommet du Pharos. Je vous prie de me laisser m’y rendre, s’il vous plaît. Encore 12 ans d’efforts !

Je me nomme Nikolaï. Je ne suis pas votre ami. Vous devez donc me faire confiance »

(Prologue)

Photo: carte du réseau transsibérien, par The Man In Seat 61– How to travel to China or Japan by Trans-Siberian Railway

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