Accueil Géopolitique Trump face à l’affaire Khashoggi : vers un changement de régime à Riyad ? Ou à Washington?

Trump face à l’affaire Khashoggi : vers un changement de régime à Riyad ? Ou à Washington?

(Publié le 16 octobre- mise à jour du 20 octobre 2018)

Pourquoi cette soudaine prise de conscience ubiquitaire ⌈contre le régime saoudien⌋ des adversaires de Trump qui tous, directement ou indirectement, ont bénéficié des largesses financières du méga-puits de pétrole qui arrose la classe politique mondiale? Parce qu’ils ont tué un journaliste gaucho-islamiste, donc « l’un des leurs »? Parce que ce neveu du plus grand marchand d’armes mondial faisait partie des anti-Trump avant l’élection? Parce que les frères musulmans, c’est sacré? Parce que le Qatar et la Turquie règlent leurs comptes avec Riyad? Ou bien parce que l’oncle du défunt (le marchand d’armes) avait vendu son yacht à Donald Trump? Ou sutout parce que Jared Kushner, ami de Netanyahu autant que de ce prince héritier surgi de nulle part dans la lignée successorale du royaume, aurait moult relations d’affaires avec « MSB » (Mohammed Ben Salmane)? Parce qu’on aurait ici enfin trouvé le moyen de piéger ⌈et sortir⌋ Trump sur ses affaires financières après les législatives? Probablement un peu de tout cela. En attendant, Moscou, le Qatar et Ankara apprécient l’actuelle implosion politique américaine, cependant que les israéliens se taisent. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que tout ceci a des relents de Sarajevo. A suivre…

Le 14 octobre, le Tadawul Exchange de Riyad avait pris du plomb dans l’aile. L’indice boursier saoudien a en effet un moment plongé de 7 %, les pertes visant 182 des 186 titres qui y sont inscrits. Les investisseurs ont tenu compte de la grogne des « élites-politico-médiatiques-de-la patrie-mondiale-des-droits-de-l’homme », mais surtout des inquiétantes déclarations de Donald Trump :

« Il y a quelque chose vraiment d’horrible et de répugnant [dans la disparition de M. Khashoggi]. Si tout cela s’avère exact, nous irons au fond des choses et la punition sera sévère ».

Ainsi, les services secrets saoudiens seraient venus, le 2 octobre, dans les locaux du consulat du royaume à Istanbul afin d’y tuer Djamel Khashoggi, citoyen saoudien, neveu du plus grand négociant d’armes du royaume, allié de l’ex-patron des services secrets saoudiens (celui qui démissionna quelques jours avant le 11 septembre), proche des Frères Musulmans eux-mêmes adversaires du wahabbisme, résident américain, et journaliste au Washington Post. Et les Turcs d’alléguer que le disparu, tel Osiris, aurait été découpé afin de garantir une sortie discrète. Ils disent en avoir la preuve, sans l’apporter officiellement pour l’instant. Et pour cause : il n’est habituellement pas très diplomatique (bien que fréquent) d’espionner les consulats et ambassades, et, surtout, il est peu pratique de révéler les méthodes utilisées. Donc, on parle d’un enregistrement du meurtre par la montre Apple du malheureux défunt… bien que son application soit techniquement restreinte sur le territoire turc.

Pour ajouter à la confusion, Trump avait, au début du mois, lancé un avertissement à Riyad lors d’un rallye : « Sans les États-Unis, le royaume pourrait s’effondrer en deux semaines ! » La raison de cette ire ? Forcer les pays producteurs à pomper comme les Shadoks afin de faire baisser le prix du pétrole en un climat récemment haussier, favorable à la Russie et à l’Iran.

Et la Turquie elle-même semble comprendre combien la politique du bâton américain pourrait lui nuire. Son rapprochement avec Moscou, sa soumission économique accrue au Qatar (rival honni des saoudiens), et enfin son refus de libérer un « pasteur » américain sympathisant du mouvement Gülen (accusé d’avoir fomenté un coup d’État, infructueux contre Erdoğan) se sont traduits par une chute vertigineuse de la livre turque, en relation directe avec les récentes sanctions américaines imposées aux Turcs.

Donc, condamné, il y a deux ans, à trente-cinq ans de prison pour sédition, le pasteur Andrew Brunson a été miraculeusement libéré par la Justice turque ce week-end. Cependant qu’un rafraîchissement diplomatique s’installe entre Moscou et Jérusalem (Moscou ayant refusé de reconnaître la souveraineté israélienne sur le Golan).

Quant à « l’affaire Khashoggi » les commentateurs américains s’en donnent à cœur joie : à gauche, certains y voient (hélas !) du pain bénit pour Poutine et les Iraniens, d’autres y voient la vraie nature de ce pays qui a enfanté les attentats du 11 septembre, d’autres, enfin, y voient un gros problème posé à Netanyahou. À droite (si cela existe), c’est le grand écart entre la très pavlovienne « moraline » d’usage et la préservation des « intérêts géopolitiques ».

Quant à Trump, une fois de plus, il met les pieds dans le plat, parlant directement à ses électeurs : « On ne va pas se priver de 150 milliards de contrats d’armement avec les Saoudiens, et les voir aller se fournir en Chine et en Russie ! Car ces contrats créent et vont créer des emplois chez nous ! » Il préconiserait donc, en cas, non pas des sanctions, mais « autre chose ». Un changement de régime à Riyad, par exemple? Certains comme le sénateur Lindsay Graham le souhaitent. En attendant, le Secrétaire d’État Pompeo est déjà en mission à Riyad. A suivre…

bvoltaire.com

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